Délimitation maritime Togo–Ghana : le gouvernement togolais clarifie sa position face aux médias

Délimitation maritime Togo–Ghana : le gouvernement togolais clarifie sa position face aux médias

Partager sur :

Facebook
Twitter
LinkedIn

La Commission nationale des frontières maritimes du Togo (CNFMT) a animé, vendredi 27 février 2026, une conférence de presse au cabinet du Ministère de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières (MATGLAC), consacrée à la situation relative à la délimitation de la frontière maritime entre le Togo et le Ghana.

Cette rencontre avec les professionnels des médias visait à faire le point sur l’évolution du dossier, dans un contexte marqué par la notification, le 20 février 2026, par les autorités ghanéennes de l’engagement d’une procédure arbitrale internationale. Face à la presse, les responsables togolais ont exposé la position officielle de Lomé et réaffirmé leur attachement à un règlement fondé sur le droit international.

Autour du ministre de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières, le colonel Hodabalo Awaté, se trouvaient le négociateur principal du Togo, Noupokou Dammipi, le président de la CNFMT, le colonel Takougnadi Nèyo, ainsi que les membres de la Commission.

Dans son intervention, M. Dammipi a rappelé que les discussions formelles entre les deux pays remontent à juin 2018, à la suite d’incidents survenus entre novembre 2016 et mai 2018 dans l’espace maritime non encore délimité. Soucieuses d’éviter toute escalade, la CNFMT et la Ghana Boundary Commission avaient alors convenu d’ouvrir un cadre de dialogue bilatéral, conformément aux principes consacrés par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM).

Sur le fond, la délégation togolaise a expliqué que la méthode technique de délimitation, fondée sur des calculs géométriques précis, aboutit à une ligne provisoire que le Togo juge déséquilibrée. Selon la CNFMT, l’application mécanique d’un tracé mathématique ne saurait suffire : la délimitation doit également tenir compte des réalités géographiques, économiques et des circonstances pertinentes, notamment lorsqu’une approche strictement technique conduit à un résultat inéquitable.

Au cœur des préoccupations de Lomé figure l’accès équitable à la haute mer, que la ligne proposée compromettrait en restreignant l’ouverture maritime du pays. La Commission soutient que la jurisprudence internationale admet des ajustements lorsque l’équité l’exige, afin de préserver les intérêts souverains et économiques des États concernés.

La partie togolaise met également en avant les usages historiques liés au port de Lomé, notamment l’existence d’une zone maritime traditionnellement utilisée comme rade d’attente pour les navires avant leur entrée au port. Pour les autorités, cette pratique ancienne constitue un élément pertinent devant être pris en considération dans le processus de délimitation.

Entre juin 2018 et décembre 2023, onze réunions officielles de négociation se sont tenues alternativement à Lomé et à Accra. Ces échanges ont permis d’enregistrer des avancées techniques significatives, notamment sur le point de départ de la frontière maritime, la définition d’une ligne de base commune et l’adoption d’une carte marine de référence.

Des divergences persistent toutefois, principalement sur la prise en compte de la rade du port de Lomé, la délimitation des blocs pétroliers et les modalités garantissant un accès équitable à la haute mer.

La CNFMT a rappelé que la délimitation maritime s’inscrit dans un cadre juridique international précis. L’article 33 de la Charte des Nations Unies ainsi que les articles 279 à 281 de la CNUDM imposent aux États de privilégier des moyens pacifiques de règlement des différends, tels que la négociation, la médiation, l’arbitrage ou le règlement judiciaire. Le tribunal arbitral, le cas échéant, applique les règles du droit international et les principes d’équité afin d’assurer la protection des intérêts des parties, notamment en matière de ressources maritimes.

Dans son message institutionnel, le ministre Hodabalo Awaté a salué l’engagement constant du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, dont la culture de la paix et le sens élevé de responsabilité guident l’action du gouvernement dans la gestion de ce dossier sensible. Il a souligné la sérénité, la maîtrise et la rigueur juridique avec lesquelles le Togo est engagé dans cette bataille des territoires maritimes, privilégiant le droit, le dialogue et les mécanismes internationaux de règlement pacifique des différends.

Il a réaffirmé la ferme volonté du gouvernement de préserver les intérêts légitimes du Togo, tout en insistant sur l’importance stratégique de la coopération régionale et des relations de bon voisinage.

Rappelant les liens historiques, humains et économiques étroits entre le Togo et le Ghana, le ministre a insisté sur la nécessité de maintenir un dialogue constructif orienté vers un développement partagé, dans l’intérêt supérieur des peuples des deux pays et de la sous-région.